Bombardier B-17 de l’U.S.A.A.F. « STINKY WEATHER »,
tombé à Bellevue en Kerbors, le 31 décembre 1943.





Le vendredi 31 décembre 1943, les B-17 du 351st BG décollent de l’aérodrome britannique de Polebrook à 8h30. Après regroupement, ils quittent la côte anglaise à la verticale de l’île de Portland, atteignent la côte française et remontent le cours du Jaudy, direction Sud-Sud-Ouest ; altitude 17500 pieds. Ils quittent les côtes finistériennes entre Concarneau et l’Ile de Groix. A la latitude de l’Ile d’Yeu, la formation vire à gauche direction Sud-Sud-Est. Vers 11h50, elle atteint les côtes landaises, dans les environs de Mimizan ; fait route à l’Est, puis route au Nord pour se diriger vers l’objectif. La couverture nuageuse interdit le bombardement de l’objectif prioritaire « Bordeaux-Mérignac ». Une cinquantaine de chasseurs allemands (Ms-109s et Fw-190s) attaquent la formation alors qu’elle se dirige vers la cible secondaire, l’aérodrome de Cognac-Châteaubernard, qu’elle atteint vers 12h40. Le lâcher des bombes est excellent d’après les rapports.
Les bombes larguées, la formation fait route à l’Ouest pour atteindre le Golfe de Gascogne. Elle est fortement prise à partie par la Flak allemande (
d’après le rapport du 94th CBW : N° 255, Low Group), le « Low Group » est arrivé à Bordeaux à 12h48 et a lâché ses bombes sur l’aérodrome de Cognac à 12h53. Les tirs de la Flak de Bordeaux étaient imprécis et peu intenses. Par contre, à Cognac, la Flak a été intense et meurtrière. A Royan, sur la route du retour, ils subirent les tirs de la Flak terrestre et embarquée de quatre des cinq navires se trouvant à l’embouchure de la Gironde). Le B-17 « Stinky Weather » du lieutenant Warren L. PUTMAN est touché. Les B-17 prennent une route Nord-Ouest pour atteindre la côte bretonne, dans les environs de Concarneau. Ensuite, ils font le chemin inverse du matin en descendant le cours du Jaudy pour ensuite se diriger vers les côtes anglaises. Une vingtaine de chasseurs allemands (Ms-109s et Fw-190s) attaquent les retardataires durant la traversée de la Bretagne.
Le B-17 « Stinky Weather » est séparé de son groupe quand il passe à la verticale de Pontrieux. La chasse allemande se rue sur le retardataire qui se défend avec courage ; mais le B-17 est mortellement atteint. A la verticale de la campagne de Pleudaniel, six aviateurs évacuent l’avion en parachute (
la Préfecture est prévenue à 17h45 : « Communication téléphonique de la gendarmerie 31 décembre 1943 – 17h45 – La brigade de Lannion signale à l’instant la chute d’un bombardier anglais entre Kerbors et Pleubian. 6 parachutistes ont dû atterrir… ». Archives départementales des Côtes-d’Armor - Fonds 2W92).


A Bellevue, en Kerbors :

Jean Kerambrun, trente et un ans, est occupé à travailler dans son champ, sur la rive droite du Jaudy, à Bellevue. Les vagues de bombardiers se succèdent dans un bruit assourdissant et se dirigent vers le large ; dans le Sud, un point lumineux attire son regard. Un B-17 en flamme, suivant une route parallèle au cours du Jaudy, volant à très basse altitude et visiblement continuant à perdre de l’altitude, se dirige vers lui. L’avion en feu passe au-dessus de sa tête et se dirige tout droit sur une maison du village. Il bascule sur l’aile gauche, explose et se crash 300m plus loin, dans la lande.

Simone Kermarec, sept ans, est seule dans la maison de ses parents à Bellevue, à jouer dans la salle. La fenêtre est ouverte par cet après-midi froid, mais sec et ensoleillé. Elle sursaute en entendant la terrible explosion et se précipite sur le pas de sa porte. L’avion, qu’elle n’a pas vu, vient d’exploser tout près de la maison et déjà la fumée obscurcit le ciel. Sa première pensée d’enfant est que le ciel vient de tomber sur sa tête.

Félix Hégaret, quinze ans, et son frère Paul labourent un champ situé un peu au Sud de Bellevue, à Roc’h Velen. Ils discutent avec Ernest Kerichard et Auguste André qui eux-mêmes travaillent le champ voisin. Ils voient l’avion en feu se diriger vers le hameau de Bellevue et se précipitent à l’abri d’un talus au moment de l’explosion. En se relevant, la fumée a déjà envahi le ciel et Félix se demande si l’avion n’est pas tombé sur leur ferme (
Félix Hégaret précise que deux chasseurs allemands sont venus tourner autour du lieu du crash avant de repartir (octobre 2008)).  

Les trois frères, Yves, Pierre et Charles Henry, travaillent dans un parc à huîtres, situé en dessous de Bellevue. Ils voient l’avion en flamme exploser sur la rive. Une partie de la carlingue continue sa course sur la vasière ; les trois hommes se précipitent dans la mer pour éviter d’être atteints. Deux moteurs terminent leur course dans le parc à huîtres (témoignage de Charles Henry, de la Roche-Jaune, recueilli en 2005. Il précise qu’il était, avec ses frères, à soixante mètre du lieu de l’impact).
Des Allemands arrivent rapidement sur les lieux de l’accident, alors que d’autres recherchent activement dans la campagne les aviateurs qui ont réussi à évacuer l’appareil.

A Pleudaniel et à Pleumeur-Gautier :

Joseph Forestier, commerçant à « Placen Cren », en Ploëzal (à 1km, au Sud de la Roche-Jagu, sur la route Pleudaniel – Pontrieux), assiste, au-dessus de lui, à l’attaque du B-17 par des chasseurs allemands. Il est en compagnie de deux gendarmes de la brigade de Pontrieux, MM. Manivel et Guilloux. Ils aperçoivent trois aviateurs s’éjecter en parachute du bombardier en feu à quelques kilomètres d’eux, vers le Nord. Les parachutistes deviennent la cible des chasseurs, par quelques rafales (témoignage (1971) de Joseph Forestier, habitant à Placen Cren en Ploëzal. Témoignage confirmé le 23/08/2007 par son neveu Louis Forestier de Pleumeur-Gautier (habitant à cette époque à Kerjean en Pleudaniel)). Joseph Forestier prend son vélo et file en direction du point de chute qui lui semble être vers chez son frère Jean-Louis, à trois kilomètres de là, à « Kerjean », en Pleudaniel. Le premier des parachutistes aperçu à Pleudaniel est tombé à « Kergreanen », à 600m au Nord de Kerjean. Joseph Forestier arrive sur les lieux en même temps que le docteur Le Montréer de Pleudaniel qui, lui aussi, a assisté à la chute des aviateurs et est venu sur les lieux avec sa voiture. Ce parachutiste est le Bombardier, le 2nd Lt. Jack R. WOOD. Gravement blessé à la gorge, la mâchoire inférieure éclatée ; le docteur, après lui avoir donné les premiers soins, l’embarque dans sa voiture avec l’aide de Joseph Forestier, pour le conduire à Tréguier chez un chirurgien dévoué à la cause des Résistants (docteur Barneville, chirurgien à Lannion. Il venait très souvent à l’hôpital de Tréguier). Sur le chemin, la voiture est arrêtée par un barrage allemand et, sous la menace des mitraillettes, elle est conduite, sous escorte, à Tréguier, puis à Lannion où le blessé est débarqué dans une propriété, rue Kervénno. Là, les Allemands prennent en charge le blessé. Le docteur Le Montréer et Joseph Forestier sont interrogés toute la soirée puis conduits, dans la nuit, à l’Ile-à-Bois en Lézardrieux. Ils seront libérés au petit matin du 1er janvier 1944.

Un second parachutiste, le Mitrailleur latéral gauche, le Sgt. John J. JR. GILSON, atterrit à « Kerbriand », dans un champ à l’Ouest des fermes de Kerbriand (
2300m, à vol d’oiseau, dans l’Ouest-Nord-Ouest du bourg de Pleudaniel). Yvette Kérichard, treize ans, est la première à se rendre sur les lieux de l’atterrissage. L’Américain, occupé à plier son parachute et à le cacher dans un talus lui dit qu’il se prénomme « John » ; c’est tout ce qu’elle connaîtra de son identité. L’adolescente, tenant l’Américain par la main, l’entraîne vers la ferme la plus proche du carrefour de « Feunteun Guib », tenue par François Lasbleiz. On le cache dans le fond de la grange dans un tas de foin (les frères Kérichard, présents sur les lieux, prennent soin de le recouvrir de foin ; mais ils quittent rapidement la ferme car ils sont recherchés, étant réfractaires au S.T.O.. La jeune fille, en allant au devant de John Gilson, a aperçu un autre parachutiste qui courrait à travers champ ; il s’agit probablement du Sgt. Jack D. McKINNEY car le Sgt. Gilson a témoigné avoir vu McKinney vivant à l’atterrissage. Ce dernier a été fait prisonnier (témoignage de Madame Yvette Le Hello, née Yvette Kérichard, juin 2013). Yvette Kérichard est seule dans la cour quand une patrouille allemande arrive rapidement et fouille systématiquement les bâtiments de la ferme. Ils sondent le foin avec leurs fusils mais ne découvrent pas le fugitif. Interrogée, la jeune fille répond qu’elle n’a rien vu. La patrouille partie, Yvette conduit « John, aux cheveux roux et taillés en brosse », dans la ferme voisine. Pour le réconforter, on lui donne à boire un bol de cidre et un verre de vin. Albert Philipot de « Kerguenou » prend en charge le Sgt. Gilson et le conduit dans une maison isolée près de Kergreanen pour passer la nuit ; mais Gilson refuse et préfère passer la nuit caché dans un fourré, à proximité du carrefour menant à Kerguenou.
Joseph Forestier, de retour à son domicile à Placen Cren, est avisé par une femme, le matin du 1er janvier 1944, qu’un parachutiste est caché dans un fourré dans les environs du domicile de son frère aîné Jean-Louis Forestier, à Kerjean. Joseph Forestier repart immédiatement sur les lieux. Entre temps, Albert Philipot a conduit le Sgt. Gilson dans la ferme de Kerjean où il est accueilli par le jeune Louis Forestier (
Louis Forestier est le fils de Jean-Louis Forestier tenant la ferme de Kerjean. Le père est absent ; seul son fils Louis est présent à Kerjean ce matin du 1er janvier 1944). Le jeune homme restaure l’Américain et lui donne des vêtements civils. Joseph Forestier, arrivé à Kerjean, conduit l’aviateur américain à son domicile à Placen Cren, en passant par les petits chemins d’« Ar Garz », de « Kerborchet » et les hameaux « Keriel » et « Kerrouarn Braz ». L’aviateur reste peu de temps à Placen Cren, comme « employé » de la maison, en se faisant passer pour sourd-muet, afin d’éviter les soupçons. Il est ensuite conduit chez l’autre frère de Joseph : Jean Forestier, domicilié à Pontrieux.

Un troisième parachutiste (
nous ignorons son nom) atterrit tout près du précédent à « Feunteun Guib », mais reste suspendu à un arbre. Armand Person, domicilié dans ce hameau, tente d’aider l’aviateur, mais y renonce quand il aperçoit une patrouille allemande arriver sur les lieux. Les Allemands décrochent l’Américain et le fait prisonnier.

     Un quatrième parachutiste, le Navigateur, le 2nd Lt. Irving J. SHWAYDER, vingt-deux ans, atterrit dans la cour de la ferme de « Kerlastr Haut » en Pleumeur-Gautier. Les Allemands l’ont aperçu et le recherchent activement. Eugène Le Goff, marin en congé d’armistice, assiste à son atterrissage et conduit rapidement Shwayder chez son père Yves Marie Le Goff, à « Gamboudéry ». On lui donne des vêtements civils et on le restaure (
Madame Angèle L’Anthoën, de Kerlastr Haut, lui donne un pull militaire appartenant à son mari. Cette brave femme s’inquiètera beaucoup des conséquences qu’auraient pu entraîner son geste. Le nom de son mari et le numéro de son matricule étaient inscrits sur le col du pull militaire. C’est également cette dame qui amène son propre repas du soir chez Yves Marie Le Goff pour restaurer Shwayder. Sa sœur, Madame Arsène Auffret, de Kerlastr Bas, donne à l’aviateur un pantalon de son mari (témoignage de Mme Angèle L’Anthoën, 12 juillet 2013)). Le lieutenant Shwayder est aussitôt caché dans le grenier entre des caisses de pommes de terre et un tas de chanvre à sécher. François Querharo qui tient la ferme située à un kilomètre de là, à « Porz ar Groaz », tout près de la départementale menant de Lézardrieux à Tréguier, est prévenu de la présence de l’Américain (la ferme de Querharo est bien connue par les Résistants de la région, elle est devenue la plaque tournante de la Résistance : on y ravitaille les Résistants ; on les héberge ; elle sert de boîte aux lettres). Le 1er janvier au matin, la fille de la ferme, Yvette Querharo, se rend à la brigade de gendarmerie de Lézardrieux pour prévenir le gendarme Joseph Dincuff, entré dans la résistance depuis 1942. Elle conduit le gendarme à Gamboudéry où il fait connaissance avec Shwayder. Un plan d’évacuation vers Lézardrieux est prévu pour le soir. Vers 18h00, Mme Querharo va chercher Shwayder et le ramène chez elle à Porz ar Groaz (témoignage de Raymond Querharo du 18 janvier 2008, confirmé par le rapport d’évasion du Lt. Shwayder. A l’arrivée de l’Américain, Raymond Querharo, qui est âgé de six ans et demi, est, par précaution, prié d’aller se coucher ; si bien qu’il ne verra pas l’aviateur). A 21h00 passées, après le couvre feu, l’Américain est embarqué dans une voiture à cheval. Pour éviter le bruit, le cheval a été déferré. François Querharo conduit l’attelage. A l’arrière se tient Shwayder encadré par un gendarme de Lézardrieux et par Joseph Libouban de Pleudaniel. En cas de rencontre d’une patrouille, il est convenu que l’Américain serait un peu malmené et de dire que le prisonnier était conduit à la prison de la gendarmerie à Lézardrieux. Le gendarme Dincuff précède l’attelage sur son vélo, feux éteints. En cas d’alerte, il doit allumer ses feux pour prévenir les autres afin qu’ils se préparent à interpréter leur scénario. L’attelage arrive sans encombre à Lézardrieux en empruntant la rue Duclos. Après l’avoir restauré chez lui, Dincuff conduit Shwayder chez la famille Druais, résidant sur la place de Lézardrieux (la fille Lydia, 20 ans, et le fils Louis, 19 ans, sont dans la résistance. « Il avait un véritable arsenal » dit Shwayder en parlant du fils. Louis est l’un des « huit patriotes » de Paimpol, tué à Penvern le 16 août 1944). Le matin du 6 janvier, Shwayder est évacué par André Le Bras (adjoint technique à la Subdivision des Phares et Balises de Lézardrieux), accompagné par le gendarme Dincuff. Avec la voiture de Le Bras, ils se rendent à Pontrieux au domicile de Jean Forestier pour récupérer le sergent Gilson. Mais il est convenu que Gilson serait évacué à Saint-Brieuc dans la camionnette de Jean Forestier, si bien qu’ils poursuivent leur route vers Saint-Brieuc. Ils sont reçus au domicile de M. Aubert (à proximité du Palais de Justice) et sont rejoints plus tard dans la journée par MM. Joseph et Jean Forestier qui ramènent de Pontrieux le sergent GILSON (André le Bras dit avoir évacué Shwayder chez M. Aubert, le 2 ou le 4 janvier 1944 (suivant deux documents, datés de 1955 et de 1958). Le témoignage de Joseph Forestier (L’ARC, 1971) indique que Gilson est resté employé chez lui, à Placen Cren, une dizaine de jours. Les dates de ces deux témoignages ne concordent pas. Le Lt. Shwayder a déclaré dans son rapport d’évasion qu’il a été évacué à Saint-Brieuc le matin du 5ème jour de sa présence à Lézardrieux, c’est à dire le 5 ou le 6 janvier 1944). M. Aubert, alité, ne peut s’occuper des deux aviateurs fugitifs. Ils sont alors pris en charge par Jean-Baptiste Tassel (ancien chef de Division à la Préfecture, membre du réseau Centurie, chef local du FN), et amenés dans une maison située au dessus de l’Anse-aux-Moines à Saint-Laurent-de-la-Mer. Ils y seront ravitaillés par le groupe Front National de Saint-Brieuc (Archives privées d’Alain Le Bras). Dix jours plus tard, les deux aviateurs sont transférés chez M. Janvier, garagiste sur le boulevard Clémenceau ; puis chez Louis Le Bigaignon (FN, Commissaire aux opérations), dans son appartement situé au-dessus des ateliers de l’Imprimerie Moderne. Ils y restent une semaine. Les deux Américains, accompagnés par un jeune homme venu de Paris, gagnent la capitale par le train ; ils y restent deux semaines avant de rejoindre par le train le Sud de la France, accompagnés par une jeune fille. Le matin du 3 février, à la descente du train à Toulouse, le sergent GILSON est arrêté à la suite d’un contrôle de la gestapo et est conduit prisonnier en Allemagne au Stalag XVII B. Le Lt. Irving J. SHWAYDER passe sans encombre le contrôle et reste caché dans le Sud-Ouest avant de franchir la frontière espagnole le 11 mars 1944 et de regagner la Grande Bretagne, via Gibraltar, le 17 avril 1944 (Sources : archives privées d’Alain Le Bras ; archives privées de la famille du Sgt. Gilson ; Rapport d’Evasion déclassifié EE-564 du 20 avril 1944, d’Irving Shwayder).

Quatre aviateurs sont tués dans le crash :
- le Pilote, le 2nd Lt. Warren L. PUTMAN ;
- le Copilote, le F/O Thomas A. IRVINE ;
- le Mécanicien, le Sgt. Ray E. PRATER ;
- le Mitrailleur ventral, le Sgt. Albert R. CUSTER.


Six aviateurs réussissent à évacuer l’avion :
- le Bombardier, le 2nd Lt. Jack R. WOOD (blessé, évacué par le Dr Le Montréer et Joseph Forestier pour être soigné, fait prisonnier) ;
- le Radio, le S/Sgt. Wesley F. GREENE ;
- le Mitrailleur latéral (droite), le Sgt. Robert O. DIEHL ;
- le Mitrailleur de queue, le Sgt. Jack D. McKINNEY (ces trois derniers sont faits prisonniers par les Allemands, dès leur atterrissage. L’un des trois est l’aviateur fait prisonnier à « Feunteun Guib ». Un second est celui aperçu par Yvette Kérichard courant à travers champs. Deux d’entre eux ont été arrêtés dans des circonstances que nous ignorons) ;
- le Mitrailleur latéral (gauche), le Sgt. John J. JR. GILSON (évadé, puis fait prisonnier dans le Sud-Ouest de la France à Toulouse) ;
- le Navigateur, le 2nd Lt. Irving J. SHWAYDER (évadé, il rejoint la Grande Bretagne).

Louis Kerambrun, Yves Kermarec, Paul et François Hégaret, habitant Kerbors, seront réquisitionnés pour sortir de la vasière les corps des victimes du crash. Les corps des aviateurs furent alignés sur le bord de la grève et restèrent là, gardés jour et nuit par deux Allemands, jusqu’à leur inhumation au cimetière de Lannion, le 4 janvier 1944 (début janvier 44, il faisait très froid ; la terre était gelée. Un plan du « carré militaire allié » du cimetière de Lannion indique : « Warren Putman, tombé à Kerbors le 7 janvier 1944 (erreur), inhumé le 7 janvier 1944 ». Son corps a peut-être été retrouvé plus tard que les autres). Le lendemain du crash, les habitants de Bellevue seront autorisés à venir se recueillir devant les dépouilles mais, les jours suivants, les Allemands interdirent à la population d’approcher les corps. Les restes les plus importants de l’avion furent enlevés rapidement de la vasière et des champs avoisinants, et évacués ; mais les champs entourant le hameau de Bellevue restèrent longtemps parsemés de débris (toutes sortes d’objets furent récupérés par les riverains et les curieux venus sur les lieux aux lendemains du crash : parachutes, écouteurs, cartes imprimées sur soie,  munitions, appareils de navigation, bonbons, …).
Jean Kerambrun, incorporé à l’automne 1943 dans le réseau de renseignement « Service B » de Marcel Hamon (militant communiste originaire de Plufur. Après avoir été responsable de « l’Organisation Spéciale » en Maine-et-Loire (1941-1942), il devient, au début de l’année 43, le responsable national du réseau « Service B », réseau de renseignement F.T.P.. Après la guerre, il deviendra député des Côtes-du-Nord, puis maire de Plestin-les-Grêves), reçut l’ordre de son supérieur de faire réaliser une plaque commémorative et de la déposer sur les tombes des aviateurs au carré militaire allé du cimetière de Lannion ; ce qu’il fit, bien qu’il était recherché.


Cimetière de Lannion – Carré Militaire Allié

Lt. Warren L. PUTMAN        Mle 0-675.286.T42.43
F/O Thomas A. IRVINE         Mle T.1616T.43    
Sgt. Ray E. PRATER             Mle 160.74085.T.43
Sgt. Albert R. CUSTER          Mle 35410746.T42.43

Les corps des quatre aviateurs furent exhumés du cimetière de Lannion, le 15 septembre 1944, pour être transférés au cimetière de Saint-James. Trois d’entre eux y reposent toujours :
Lt. Warren L. PUTMAN     plot N         rangée 1      tombe 17
Sgt. Ray E. PRATER          plot O         rangée 5      tombe 23
Sgt. Albert R. CUSTER       plot J          rangée 16    tombe 10
La dépouille du F/O Thomas A. Irvine a été rapatriée aux Etats Unis et repose au cimetière de Belle Vernon en Pennsylvanie.


Le sauvetage du Lieutenant Jack R. WOOD

En France, on a toujours cru que le lieutenant américain Jack Wood était mort à Morlaix des suites de ses blessures. Les Historiens l’ont écrit à la suite du témoignage de ses sauveteurs ; le Dr Le Montréer et Joseph Forestier avaient laissé l’Américain à Lannion dans un état moribond (après la guerre, Joseph Forestier annonçait dans son témoignage paru dans le journal L’ARC, « Les Anciens Résistants des Côtes-du Nord », que Jack Wood était mort). Or, il n’en est rien, Jack R. Wood a été soigné à Lannion, puis il a été transféré dans un hôpital de la région parisienne. Rétabli, il a été fait prisonnier au « Stalag Luft 4 ». A la fin de la guerre, alors que les prisonniers étaient conduits à pied vers un autre camp, il s’évadait et échappait aux Allemands en se cachant pendant deux semaines avant de rejoindre les lignes américaines. Il s’était marié le 14 mai 1943 (Communication de Miriam Post, fille de John Gilson et de Stacy Vanina, fille de Jack Wood – août et octobre 2012. Jack Wood est décédé en 2009, à l’âge de 87 ans).


François SOUQUET, juillet 2013
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