Louis Piriou et le maquis de Plouisy




     Louis Piriou naît le 12 mars 1922. Il est l’aîné de huit enfants. Son père, Pierre Piriou, possède le moulin de teillage du lin de Coat Jaffray, sur la rive gauche du Trieux, en Plouisy (Nord de Guingamp, Côtes-d'Armor). Louis travaille très jeune avec son père et bat la campagne pour rechercher le lin. Sa connaissance de la campagne de Plouisy et de ses environs  lui servira énormément en 1943.
    Au début de la guerre, une société sportive voit le jour, "l’Union Sportive Plouisyenne". Le président n’est autre que Pierre Piriou, père. L'équipe de foot est composée d'une bande de copains unis qui se retrouvent systématiquement à l’issue des entraînements et des matchs, au "Café des Sports", à la sortie du bourg, sur la route de Guingamp.
    En février 1943, une grande partie des joueurs de l’U.S.P. tombe sous le coup du décret du gouvernement de Vichy, le Service de Travail Obligatoire (S.T.O.). La plupart d’entre eux choisissent la clandestinité, plutôt que de partir travailler en Allemagne. Au "Café des Sports", ce printemps 43, on discute ferme entre joueurs de l’U.S.P.. L’hostilité contre l’occupant grandit de jour en jour au sein du groupe qui se demande quelles actions il pourrait entreprendre contre lui.


L'équipe de football de l'U.S.P. 1942-1943
En haut, de g. à d. : Pierre Piriou, Y. Nicolas, H. Le Cozannet, Y. Le Cozannet, Louis Piriou, P. Raymond, le président P. Piriou père.
En bas, de g. à d. : A. Kerlo, J. Riou, Jean Lorgeré, L. Le Gall, R. Minoux.


      Un contact est établi avec la résistance et, le 1er juin 1943, Louis Piriou devient responsable local du Front National à Plouisy (F.N. : Front national de lutte pour l'indépendance de la France). Il a vingt-et-un ans. L’activité du petit groupe de copains, qui prend le nom « Algérie », commence par la distribution de journaux clandestins et par l’aide aux réfractaires et personnes recherchées par les Allemands (distribution de tickets d’alimentation, fabrication de cartes d’identité, placement de réfractaires dans des fermes sures, etc…).
    En septembre 1943, Louis Piriou entre au détachement F.T.P.F. du secteur de Guingamp (Francs-Tireurs et Partisans Français). Il est chargé de la mise sur pied et de l’organisation d’unités de combat dans le secteur de « Guingamp – Nord », de la constitution de groupes à Plouisy, du recrutement de responsables à Grâces, Pédernec, Kermoroc'h, Trégonneau, etc…
    En octobre 1943, Louis Piriou et ses amis s’occupent de l’aide à l’évasion, en hébergeant et en convoyant des prisonniers anamites travaillant en commandos dans la région de Guingamp. Les évadés sont dirigés sur la zone libre.
    Le 1er janvier 1944, le noyau des Résistants du groupe « Algérie » devient le détachement F.T.P. « Marceau » qui comprend trois groupes de combat. Louis Piriou est nommé commandant du détachement. Sans armes, mais déterminés, Louis Piriou et ses hommes vont prendre de gros risques pour en récupérer (fusils de chasse, révolvers, munitions, …).
    En janvier et février 1944, les opérations de sabotages de lignes électriques et de destruction de câbles téléphoniques, dans la région de Guingamp, vont se multiplier. Tous ces sabotages sont exécutés avec des moyens de fortune. L’aide aux personnes traquées par l’occupant et Vichy s’amplifie. Au cours du mois de février 44, la distribution de tickets d’alimentation va permettre à quatre-vingt personnes recherchées, de subsister normalement.
    Le 9 mars 1944, le détachement Marceau reçoit des armes et des explosifs provenant d’un parachutage sur la lande de Kerouzac’h, à Maël-Pestivien. Avec l’arrivée de ces explosifs, commence les opérations de sabotage sur les voies ferrées. Le 15 mars, le détachement Marceau réalise son premier déraillement sur la ligne Guingamp-Paimpol. Dix autres suivront sur les lignes Guingamp-Paimpol et Paris-Brest.
    Alors qu’au mois d’avril 44, les sabotages de lignes électriques et de voies ferrées se poursuivent, le recrutement et l’organisation de groupes de réserve et l’instruction des hommes sur l’armement et le matériel parachuté bat son plein.
    Mai 44, face à la recrudescence des sabotages, l’activité des Allemands contre les « terroristes » prend de l’ampleur. Le "Café des Sports", à Plouisy, quartier général de la résistance, est surveillé par la Gestapo et la milice. Il devient dangereux de s’y rendre. Louis Piriou décide alors la création d’un maquis et, le 10 mai, lui et cinq de ses camarades dont son frère Pierre, Jean Lorgeré et Henri Cozannet, sont les premiers maquisards à s’établir dans un petit bois, au nord de la commune de Plouisy, à proximité du ruisseau de Kerprigent, au nord du hameau de Kerallec, sur la rive gauche du Trieux (Louis Piriou appelle ce maquis, le « maquis de Kerprigent »). Après quelques jours de travail d’organisation, les six pionniers sont rejoints par d’autres « maquisards ». Ainsi naît la « compagnie Charles Le Gallou », du nom d’un camarade guingampais de vingt-trois ans, arrêté à Plouaret et fusillé le 6 mai 44 au terrain de manœuvre militaire Les Croix, en Ploufragan. Son frère Henri Le Gallou est nommé commandant du maquis de Plouisy, avec le grade de capitaine. Louis Piriou restera, dans les faits, le chef du maquis. A la date du 15 mai, le maquis de Kerprigent compte trois groupes de dix hommes. La ferme des Le Jéhan (Kerallec) sera un grand soutien logistique pour le jeune maquis. Sabotages et déraillements se poursuivent ce mois de mai. La chasse aux miliciens est également au programme. Louis Piriou et deux de ses hommes enlèvent le milicien Michel, au restaurant Le Saux, au Vally à Guingamp, en plein jour, au nez et à la barbe des Allemands. Louis Piriou réalise également plusieurs missions de renseignement sur la côte, dans la région de Paimpol et de Lézardrieux, au compte du réseau local « Jade-Amicol » dirigé par Guillaume Pérez (ce réseau comprenait une trentaine d’agents dans la région).
    Le 6 juin 1944, les forces alliées débarquent en Normandie. La nouvelle du débarquement aura pour conséquence l’engagement massif dans la résistance. Le maquis de Kerprigent passe à un effectif de soixante hommes. Les nombreux autres volontaires sont gardés en réserve. Les actions contre l’ennemi se multiplient. Le 12 juin, à 4 h 30 du matin, une attaque est entreprise contre un train de troupes venant de Paimpol, à Roudouhir, en Plouisy. Cette attaque est faite en collaboration avec le maquis de Squiffiec. Dix-huit Allemands sont tués et douze autres sont blessés alors que les maquisards ne déplorent aucune perte. Seulement les maquisards de Plouisy sont suivis à la trace à leur retour et le maquis de Kerprigent est découvert. Louis Piriou décide l’évacuation et le repli l’après-midi sur Kermarc, au nord-ouest de la commune de Plouisy. Le soir même, l’emplacement du maquis de Kerprigent est attaqué par un détachement allemand fort d’environ cinq cents hommes. Alors que les maquisards n’ont pas le temps de s’installer à Kermarc, deux hommes, chargés du ravitaillement, sont fait prisonniers par les Allemands ; un troisième réussit à s’échapper. Louis Piriou décide alors de quitter Kermarc, de peur que les Allemands fassent parler les deux prisonniers. Aucun ne parle ; l’un est relâché, l’autre, Albert Le Kervern, sera déporté et ne reviendra jamais des camps de la mort. Le maquis se déplace au nord, à Landébaëron et suivant l’expression de Louis Piriou, le travail reprend : pillage de la kommandantur de Bégard, sabotage à Tréglamus du câble téléphonique souterrain Paris-Brest, prise du courrier de la Kriegsmarine au cours d’une embuscade à Saint-Clet sur la route de Quemper-Guézennec. Cette dernière action était restée dans les souvenirs du chef du maquis de Plouisy comme l’une des plus brillantes par l’importance des documents subtilisés.
    Le 25 juin, la position du maquis de Landébaëron étant difficilement défendable en cas d’attaque, Louis Piriou déplace ses hommes à Kerlast, en Kermoroc’h. Le maquis s’installe dans un petit bois entre Kerlast et Kermoalquin.
    Le 2 juillet, Louis Piriou est prévenu que des Allemands se déploient dans les champs et viennent dans leur direction, à partir de Kermoroc’h. Puis, une autre information indique qu’un groupe d’Allemands arrive de la direction de Saint-Laurent. Louis Piriou demande alors deux volontaires chargés de se renseigner sur la marche des Allemands venant de Saint-Laurent. Son frère Pierre et Henri Cozannet se présentent et partent en reconnaissance. Faits prisonniers à mi-route entre le maquis et Saint-Laurent, ils seront fusillés le 12 juillet à Landébaëron  avec Jean Duguay, membre du maquis de Plouisy, pris le matin alors qu’il se rendait à Pédernec, et Yves Henry de Plounez. A 13h30, plusieurs camions allemands, venant de la direction opposée, par Guen-Léo, s’arrêtent peu après le croisement de Kermarc, tout près du maquis et mettent en batterie un mortier. Le maquis est cerné. Très vite, le combat s’engage. Les maquisards, sous la protection d’un fusil-mitrailleur et de trois volontaires, réussissent à s’échapper par l’Est, par une trouée libre, en direction de Traoun an Ouas, pour gagner Kerouat, lieu prévu pour le regroupement. Les Allemands ne s’aperçoivent pas du repli des maquisards et c’est un déluge de feu qui s’abat pendant trois quarts d’heure sur la position précédemment évacuée.
    Les jours qui suivent, les maquisards sont obligés de déménager plusieurs fois devant la poursuite des Allemands. Le 9 juillet, le maquis est à Coatascorn et reçoit un détachement et des blessés du maquis de Pommerit-Jaudy qui vient de subir une terrible attaque à Coat Nevenez. Les Allemands recherchent activement les blessés, ce qui oblige Louis Piriou a déplacer une nouvelle fois son maquis. Le 10 juillet, le maquis s’établit à Kerprigent, en Plouisy, pas très loin du lieu du premier maquis.
    Le 20 juillet, le maquis reçoit vingt tonnes d’armes parachutées au sud et à proximité de Kermarc, en Plouisy. Les armes sont partagées avec les maquis de Saint-Quay, de Kerfot et de Brélidy. Ce parachutage permet au maquis de recevoir les hommes en réserve et de les équiper. Deux compagnies sont ainsi formées, portant l’effectif du maquis à 350 hommes.
    Raoul Jourand, dit "commandant Pierrot", responsable du "Secteur Nord 2", décide d’attaquer Pontrieux dans l’intention de libérer la ville, dans la nuit du 28 au 29 juillet. Deux sections du maquis de Plouisy (120 hommes) rejoignent deux autres sections du maquis Yves Le Moigne à Plouëc pour attaquer Pontrieux par le sud. Vers 21h00, les maquisards capturent un camion allemand en plein bourg de Plouëc. Cinq Allemands sont tués, mais un patriote est tué (Marcel Huonnic) et deux autres sont blessés. Vers 22h30, des Allemands maintiennent les maquisards de Plouisy au contact toute la nuit, entre la gare de Plouëc et la route de Guingamp-Tréguier. L’attaque de Pontrieux ayant avortée, l’ordre du retour au maquis est donné à 9h00. Dans cette opération, les Allemands comptent une vingtaine de tués et le maquis Yves Le Moigne a trois morts (Marcel Huonnic, Paul Le Gonidec et Yves Le Lan) et deux blessés.
    Dans la nuit du 4 au 5 août, Louis Piriou et une vingtaine de ses hommes, tendent une embuscade à Kernivron, sur la route Paris-Brest. Un convoi d’une dizaine de camions chargés de troupes et précédés par une automitrailleuse est sous le feu des trois fusils-mitrailleurs des maquisards. Cette embuscade coûte aux Allemands quarante et un tués ou blessés ; mais le F.T.P. Roger Pierrès y laisse la vie. A partir de cette date, le maquis de Plouisy contrôle toutes les routes au nord de Guingamp.
    Le 6 août, une section du maquis occupe brièvement la ville de Tréguier, en profitant d’un bombardement allié et se retire sans perte. Louis Piriou ramène de Tréguier une vingtaine de Russes, prisonniers des Allemands et cantonnés au château du Bilo, et un important stock de matériel. Ces Russes prendront une part active aux combats menés par le maquis les jours qui vont suivre.
    Le 7 août, à 17h00, l’ordre est donné de marcher sur Guingamp. A 18h00, les maquisards défilent dans le bourg de Plouisy, sous les acclamations de la population. A 18h15, les maquisards observent une minute de silence devant le monument aux morts et marchent vers Guingamp en empruntant la D8b. Un peu avant Remarquer, les maquisards s’accrochent avec un fort détachement allemand qui avait pris position au croisement de la route Guingamp-Tréguier. Un combat acharné s’en suit. Les maquisards repoussent pied à pied les Allemands jusque sur les bords du Trieux, à Pont Ezer, avant qu’ils se replient dans le bois de Roudourou. Le combat a duré deux heures trente. Le maquis de Plouisy entre alors dans Guingamp libéré par le maquis de Plésidy et les Américains.
    Le 8 août au matin, les deux maquis défilent dans Guingamp sous les acclamations de la foule et se recueillent au monument aux morts. L’après-midi, une partie de l’effectif se charge de nettoyer la région et fait des prisonniers allemands. Le soir, les maquisards retrouvent pour la dernière fois leur cantonnement à Kerprigent.
    Le 9 août, le maquis de Plouisy se déplace à Pontrieux et des avant-postes sont établis à Lézardrieux et à Tréguier. Quatre sections sont ainsi mobilisées, ce qui représente un effectif de 350 hommes.
    Le 14 août, trois sections du maquis de Plouisy, sous les ordres de Louis Piriou, avec les compagnies Yves-Le-Moigne et Roger-Barbé, de Lannion, appuient les forces américaines et libèrent Tréguier après deux heures de violents combats. Le maquis déplore plusieurs blessés mais fait cinquante-deux prisonniers et récupère un important matériel. Le lendemain matin, 15 août, les Allemands contre attaque avec de puissants moyens mais sont repoussés après trois heures de combat. Les maquisards quittent Tréguier à 11h00 et se dirigent sur Lézardrieux qui doit être libéré l’après-midi.
    Vers 15h00, la section du maquis de Plouisy, commandée par le lieutenant Lorgeré, et les forces américaines sont violemment accrochées à Kermarquer, à l’entrée de Lézardrieux. Un peu avant 16h00, toutes les sections du maquis de Plouisy sont à Lézardrieux et Louis Piriou donne l’ordre d’investir la ville. Le lieutenant Lorgeré et le sergent russe Grégory, en tête d’une section, sont tués rue de l’Armor, en marchant sur le P.C. allemand. Plusieurs Russes sont blessés ce 15 août lors de la libération de Lézardrieux. Les jours suivants, le maquis participe au nettoyage de l’Ile à Bois et de la presqu’île.
    Le maquis de Plouisy, divisé en deux compagnies : la compagnie Charles-Le-Gallou et la compagnie Jean-Lorgeré, prend un mois de repos avant de partir, le 19 septembre, sur le font de Lorient.

François Souquet


Photo F. Souquet
Le drapeau du maquis conservé à la mairie de Plouisy



                Photo Piriou                           Photo Piriou               
A gauche : Louis Piriou, en août 1944. Il porte le béret d'un soldat russe.
A droite : Louis Piriou, en 1945.



Photo F. Souquet
Lézardrieux, le15 août 2007, Louis Piriou dépose une gerbe rue de l'Armor où sont tombés
le lieutenant Jean Lorgeré et  le sergent russe Grégory.




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